Le frelon asiatique : le reconnaître et protéger ses ruches

Dessin d’un frelon asiatique à côté d’un frelon européen

Arrivé en France en 2004, le frelon asiatique s’est installé presque partout dans le pays. Pour les apiculteurs, c’est devenu l’un des grands soucis de la saison : en fin d’été, il chasse les abeilles devant les ruches et peut affaiblir une colonie au point qu’elle ne passe pas l’hiver.

Comment le reconnaître, comment vit-il au fil de l’année, comment protéger ses ruches, et que faire si vous découvrez un nid ? Voici l’essentiel.

Le reconnaître

Le frelon asiatique, Vespa velutina, est un peu plus petit que notre frelon européen, Vespa crabro, et surtout beaucoup plus sombre. Trois détails permettent de les distinguer :

  • le thorax : noir et velouté chez l’asiatique, roux tacheté de noir chez l’européen ;
  • l’abdomen : brun foncé avec une seule large bande orangée chez l’asiatique, jaune rayé de noir chez l’européen ;
  • les pattes : brunes aux extrémités jaunes chez l’asiatique (on l’appelle d’ailleurs le « frelon à pattes jaunes »), brun-roux chez l’européen.

Le frelon européen est une espèce locale. Il lui arrive de capturer quelques abeilles, mais il ne s’acharne pas sur les ruchers : il n’y a pas lieu de le détruire.

Une année de frelon asiatique

Calendrier de l’année du frelon asiatique : reines à l’abri en hiver, nid primaire au printemps, nid secondaire de juin à octobre, nid abandonné en fin d’automne

Au printemps, le nid primaire

Seules les jeunes reines fécondées passent l’hiver, cachées dans un abri. Dès les premières chaleurs, chacune fonde seule une nouvelle colonie : elle construit un petit nid primaire, de la taille d’une balle à celle d’un melon, dans un endroit abrité (abri de jardin, avant-toit, haie, cabanon). Elle y élève ses premières ouvrières.

En été, le nid secondaire

Quand la colonie grandit, elle déménage le plus souvent pour construire un nid secondaire, bien plus gros, souvent à la cime d’un arbre où il passe inaperçu jusqu’à la chute des feuilles. Il peut dépasser 60 cm de haut et abriter plusieurs milliers de frelons. Son entrée est sur le côté, alors que le nid du frelon européen, généralement caché dans une cavité, s’ouvre par le bas.

À l’automne, les futures reines

En fin de saison, le nid produit des mâles et des centaines de futures reines, qui s’accouplent puis partent hiverner. La colonie meurt ensuite avec le froid : un nid découvert en hiver est vide et ne sera pas réutilisé. Inutile, à ce moment-là, de le faire détruire.

Pourquoi il menace les abeilles

Pour nourrir ses larves, le frelon asiatique a besoin de protéines, et les abeilles sont une proie facile. De la fin de l’été à l’automne, période où ses colonies sont les plus grosses, les ouvrières se postent en vol stationnaire devant l’entrée des ruches et attrapent les butineuses qui rentrent chargées.

Les pertes directes ne sont pas les plus graves. Face à cette pression, les abeilles n’osent plus sortir : c’est ce que les apiculteurs appellent la paralysie du butinage. La colonie cesse de rentrer du pollen et du nectar au moment précis où elle doit élever ses abeilles d’hiver et compléter ses réserves. Affaiblie, elle risque de ne pas passer l’hiver, d’autant plus si elle doit aussi lutter contre le varroa.

Protéger ses ruches

Il n’existe pas de solution unique. On combine plusieurs gestes, au bon moment.

  • Des colonies fortes : une colonie populeuse et en bonne santé défend bien mieux son entrée. On regroupe ou on renforce les colonies faibles avant la fin de l’été.
  • Une entrée réduite : en fin d’été, réduire l’entrée de la ruche aide les gardiennes à la défendre et empêche le frelon d’entrer.
  • Une muselière : ce grillage posé devant l’entrée laisse passer les abeilles mais gêne le vol stationnaire du frelon, qui ne peut plus chasser au ras de la planche d’envol.
  • Des pièges près du rucher, en période d’attaque : ils capturent les frelons qui chassent devant les ruches et soulagent la pression.

Le piégeage : oui, mais sélectif

Le piégeage est un sujet débattu. Un piège mal conçu capture surtout d’autres insectes : mouches, papillons, guêpes, frelons européens et même abeilles. Si vous piégez, choisissez des pièges sélectifs, munis d’ouvertures par lesquelles les petits insectes peuvent ressortir, et réservez-les à deux périodes :

  • au printemps, à proximité des ruchers, pour capturer les reines fondatrices avant qu’elles n’installent leur nid ;
  • de l’été à l’automne, devant les ruches attaquées.

L’appât le plus courant mélange, à parts égales, de la bière brune, du vin blanc et un sirop de fruits rouges (cassis ou grenadine). Relevez et videz les pièges régulièrement, et retirez-les en dehors de ces périodes.

Vous avez trouvé un nid ?

N’y touchez pas, et ne tentez pas de le détruire vous-même. Le frelon asiatique n’est pas plus agressif que le frelon européen loin de son nid, mais il le défend en groupe dès qu’on s’en approche à quelques mètres, qu’on le secoue ou qu’on fait vibrer sa branche. Tirer dessus, l’asperger ou tenter de le brûler est dangereux, et souvent inefficace.

  • éloignez-vous et tenez les enfants et les animaux à distance ;
  • signalez-le à votre mairie ou sur la plateforme de signalement de votre région ;
  • faites appel à un désinsectiseur professionnel : il intervient avec l’équipement adapté et retire le nid. Selon les endroits, la commune ou le département peut prendre en charge une partie des frais : renseignez-vous auprès de votre mairie.

Un nid trouvé en hiver, une fois la colonie morte, peut être laissé en place.

Vos questions sur le frelon asiatique

La piqûre du frelon asiatique est-elle dangereuse ?

Elle est douloureuse, comme celle de tout frelon, mais une piqûre isolée n’est en général pas plus grave qu’une piqûre de guêpe. Appelez le 15 ou le 112 en cas de piqûres multiples, de piqûre dans la bouche ou la gorge, ou au moindre signe de réaction allergique : gonflement du visage, gêne pour respirer, malaise.

Le frelon asiatique attaque-t-il l’homme ?

Pas spontanément. Il chasse les insectes et ne s’intéresse à l’homme que lorsqu’il se sent menacé près de son nid. Les accidents surviennent presque toujours lors d’un élagage, d’une taille de haie ou d’un débroussaillage, quand on heurte un nid sans l’avoir vu.

Des prédateurs naturels peuvent-ils nous en débarrasser ?

Quelques oiseaux, comme la bondrée apivore, s’attaquent aux nids, et les poules attrapent parfois des frelons devant les ruches. Ces prédateurs restent trop peu nombreux pour freiner l’espèce : ils n’apportent qu’un appoint.

Le miel est-il concerné ?

Non. Le frelon asiatique chasse les abeilles ; le miel récolté n’est pas concerné. En revanche, une colonie harcelée tout l’automne rentre moins de réserves et produira moins l’année suivante.

Vous débutez avec une ruche ?

Apiculteurs à Romans-sur-Isère, nous vivons chaque année avec le frelon asiatique au rucher. Si vous souhaitez vous lancer, notre initiation à l’apiculture vous apprend à conduire vos ruches au fil des saisons.

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