Les abeilles en hiver : comment la ruche passe la mauvaise saison

Schéma de la grappe d’hiver : les abeilles serrées sous leurs réserves de miel, cœur chaud et couronne isolante

En hiver, la ruche semble endormie. Pourtant, à l’intérieur, des milliers d’abeilles restent éveillées, serrées les unes contre les autres pour garder leur reine au chaud. Les abeilles n’hibernent pas : elles passent la mauvaise saison ensemble, en vivant sur les réserves de miel accumulées pendant l’été.

Comment la colonie survit au froid, et ce que l’apiculteur fait, ou surtout ne fait pas, pour l’aider : voici la vie de la ruche en hiver.

Une colonie qui se prépare dès l’été

L’hiver se prépare bien avant les premiers froids. À partir de la fin de l’été, la reine pond moins et la colonie élève une génération particulière : les abeilles d’hiver. Alors qu’une ouvrière d’été vit cinq à six semaines, usée par le butinage, ces abeilles vivent plusieurs mois, jusqu’au printemps. Ce sont elles qui feront passer l’hiver à la colonie.

À l’automne, les ouvrières chassent les mâles, devenus des bouches inutiles à nourrir. La population diminue : de 40 000 à 60 000 abeilles au cœur de l’été, la colonie passe à 10 000 à 20 000 environ pour l’hiver.

La grappe : le chauffage central de la ruche

Quand la température descend autour de 10 à 14 °C, les abeilles se regroupent en une boule compacte entre les cadres, au contact de leurs réserves : la grappe d’hiver.

  • La couronne : les abeilles de l’extérieur se serrent, tête vers l’intérieur, et forment une couche isolante. Elles ne descendent pas en dessous d’une dizaine de degrés.
  • Le cœur : au centre, les abeilles produisent de la chaleur en faisant vibrer leurs muscles du vol, sans bouger les ailes, comme un frisson. La reine s’y tient au chaud. Le cœur reste tiède tout l’hiver, et monte jusqu’à 35 °C quand la reine reprend la ponte, à la fin de l’hiver.

Les abeilles changent de place régulièrement, de la couronne froide vers le cœur chaud. Plus il fait froid, plus la grappe se resserre. Elle ne chauffe pas toute la ruche, seulement elle-même : l’air autour d’elle peut être glacé.

Le miel, carburant de l’hiver

Pour produire cette chaleur, les abeilles consomment leur miel. La grappe se déplace lentement, en général vers le haut, à mesure qu’elle vide les alvéoles. Selon la région et la durée de l’hiver, une colonie a besoin d’une quinzaine de kilos de réserves, parfois davantage.

Le danger n’est pas toujours le manque de miel dans la ruche : lors d’une longue période de grand froid, la grappe ne peut plus se déplacer. Si elle a vidé les alvéoles à son contact, elle peut mourir de faim à quelques centimètres de cadres encore pleins.

La consommation est faible au cœur de l’hiver, puis augmente fortement quand la reine recommence à pondre, en janvier ou février, à mesure que les jours rallongent : il faut alors chauffer et nourrir le couvain. C’est souvent à la sortie de l’hiver que les réserves viennent à manquer.

Les vols de propreté

Les abeilles ne font jamais leurs besoins dans la ruche. Elles peuvent se retenir des semaines, et profitent de la première journée ensoleillée et douce pour sortir faire un vol de propreté. Si vous voyez des abeilles voler devant la ruche un beau jour de janvier, c’est bon signe : la colonie est vivante. Quelques petites taches jaunes sur le linge ou la voiture voisine en sont souvent la trace.

Le rôle de l’apiculteur

À l’automne : préparer l’hivernage

  • Vérifier les réserves : en soulevant légèrement la ruche par l’arrière, on estime son poids. Si elle est trop légère, on nourrit avec un sirop épais en septembre et au début d’octobre, tant que les abeilles peuvent encore le stocker et l’assécher.
  • Traiter contre le varroa après la dernière récolte, pour que les abeilles d’hiver naissent en bonne santé (voir notre article sur le varroa).
  • Protéger les ruches du frelon asiatique, actif jusqu’aux premières gelées.
  • Réduire l’entrée : elle est plus facile à défendre, et un mulot ne peut plus s’installer au chaud dans la ruche.
  • Isoler sans étouffer : une plaque d’hivernage et un isolant sous le toit limitent les pertes de chaleur. La ruche doit cependant rester aérée : l’humidité tue plus de colonies que le froid.
  • Lester le toit d’une pierre ou d’une sangle, contre les coups de vent.

En hiver : laisser la colonie tranquille

En hiver, on n’ouvre pas la ruche : chaque ouverture fait perdre à la grappe une chaleur précieuse. L’apiculteur se contente de quelques vérifications depuis l’extérieur :

  • poser l’oreille contre la ruche, ou la tapoter doucement : un bourdonnement répond si la colonie est vivante ;
  • dégager l’entrée de la neige, des feuilles ou des abeilles mortes qui l’encombrent ;
  • soupeser la ruche de temps en temps, et poser un pain de candi (une pâte de sucre) sur le dessus des cadres si elle s’allège trop vite. On ne donne pas de sirop liquide en plein hiver : les abeilles ne peuvent pas l’assécher.

Le plein hiver, quand la reine ne pond plus, est aussi le moment idéal pour un traitement complémentaire contre le varroa à l’acide oxalique : sans couvain, tous les varroas sont à découvert sur les abeilles.

À la sortie de l’hiver

La première visite se fait par une belle journée douce, souvent en mars : on vérifie qu’il reste des réserves, que la reine pond et que la colonie se développe. Commence alors une nouvelle saison.

Vos questions

Est-il normal de trouver des abeilles mortes devant la ruche ?

Oui, dans une certaine mesure. Les abeilles d’hiver meurent peu à peu, et les ouvrières sortent les corps dès qu’elles le peuvent. Une petite quantité d’abeilles mortes devant l’entrée est normale. Un tapis épais, ou une ruche silencieuse, doit en revanche alerter.

Faut-il couvrir la ruche quand il gèle ?

Non. Une colonie forte, avec assez de réserves, supporte très bien le gel, même des températures bien négatives. Ce qui la menace, c’est l’humidité, la faim et une population trop faible pour former une grappe efficace. Une ruche emmaillotée sans aération risque au contraire la condensation et la moisissure.

Que deviennent les colonies trop faibles ?

Une petite colonie n’arrive pas à produire assez de chaleur. C’est pourquoi on réunit, avant l’hiver, les colonies trop faibles avec une colonie voisine : mieux vaut une colonie forte que deux colonies qui meurent.

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Envie de voir ce qui se passe devant une ruche en hiver ? Suivez notre ruche en direct. Et si vous avez vos propres ruches, voici le matériel qui les aidera à bien passer la saison.

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