Le varroa, l’ennemi numéro un des abeilles
Le varroa est l’ennemi numéro un des abeilles. Ce petit acarien, à peine plus gros qu’une tête d’épingle, est présent dans pratiquement toutes les ruches de France. Sans surveillance ni traitement, une colonie infestée s’affaiblit et finit le plus souvent par mourir en deux ou trois ans.
Que vous ayez une seule ruche au fond du jardin ou tout un rucher, voici ce qu’il faut savoir : comment il s’attaque à la colonie, comment le repérer, comment le combattre au fil de la saison, et les règles à respecter.
Qu’est-ce que le varroa ?
Varroa destructor est un acarien parasite de l’abeille. À l’origine, il vivait sur l’abeille asiatique, Apis cerana, qui a appris à cohabiter avec lui. En passant sur notre abeille domestique, Apis mellifera, il a trouvé un hôte sans défense : il s’est répandu dans le monde entier et est arrivé en France au début des années 1980.
La femelle, la seule que l’on voit, est un petit disque brun-rouge d’environ 1,6 mm de large et 1,1 mm de long : plus large que longue, aplatie, avec quatre paires de pattes tournées vers l’avant. On la repère à l’œil nu sur le dos d’une abeille ou au fond de la ruche.
Comment il s’attaque à la colonie
Il se reproduit dans le couvain
La femelle varroa se glisse dans une cellule de couvain juste avant que les abeilles ne l’operculent. Enfermée avec la larve, elle y pond quelques œufs ; ses petits se développent en se nourrissant de la future abeille, s’accouplent dans la cellule, puis en sortent avec elle.
Le varroa a une préférence nette pour le couvain de mâles (les faux bourdons) : leur développement plus long, 24 jours contre 21 pour une ouvrière, lui laisse le temps d’élever davantage de descendants.
Il affaiblit les abeilles et leur transmet des virus
Hors du couvain, le varroa vit accroché aux abeilles adultes et se nourrit à leurs dépens. Les abeilles parasitées vivent moins longtemps, et surtout, le varroa leur transmet des virus, en particulier le virus des ailes déformées.
Les signes d’une forte infestation sont caractéristiques :
- des abeilles aux ailes froissées, incapables de voler, qui traînent devant la ruche ;
- un couvain irrégulier, « en mosaïque », avec des cellules vides au milieu des cellules operculées ;
- des varroas visibles sur le dos des abeilles ;
- une colonie qui s’affaiblit rapidement en fin d’été et ne passe pas l’hiver.
Le moment critique : la fin de l’été
Au fil de la saison, la population de varroas double environ chaque mois. Elle atteint son maximum en fin d’été, au moment même où la colonie diminue et élève ses abeilles d’hiver, celles qui doivent vivre plusieurs mois pour faire passer l’hiver à la ruche. Si ces abeilles naissent parasitées, la colonie ne verra pas le printemps.
Surveiller l’infestation
On ne traite bien que ce que l’on mesure. Deux méthodes simples permettent de savoir où en est une colonie :
- le comptage des chutes naturelles : un lange (une plaque) graissé est glissé sous le plancher grillagé de la ruche pendant quelques jours, puis on compte les varroas tombés et on calcule une moyenne par jour ;
- le test au sucre glace : un échantillon d’environ 300 abeilles est secoué dans un bocal avec du sucre glace, qui fait tomber les varroas sans tuer les abeilles ; on compte ensuite les acariens tombés.
Ces comptages s’interprètent selon la saison : un même chiffre n’a pas la même gravité en mai et en août. Le groupement de défense sanitaire apicole (GDSA) de votre département peut vous aider à les lire.
Une année de lutte au rucher
La lutte contre le varroa ne se résume pas à un traitement par an : elle se pense sur toute la saison.
- Au printemps : on surveille, et on peut limiter la progression du varroa en retirant une partie du couvain de mâles, là où il se concentre.
- En été, juste après la dernière récolte : c’est le traitement principal de l’année, à faire tôt, pour que les abeilles d’hiver naissent saines. Les hausses sont retirées avant de traiter.
- À l’automne : on vérifie que le traitement a bien fonctionné, en comptant de nouveau les varroas.
- En hiver, quand la reine ne pond plus : sans couvain, tous les varroas sont sur les abeilles, à découvert. C’est le moment idéal pour un traitement complémentaire à l’acide oxalique.
Les traitements
Seuls les médicaments vétérinaires disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’abeille peuvent être utilisés. Ils sont délivrés par les vétérinaires, les pharmacies et les groupements sanitaires. Les préparations « maison » ou les produits détournés de leur usage sont interdits, et souvent dangereux pour les abeilles comme pour la qualité du miel.
Les principaux traitements reposent sur :
- des lanières à base de molécules de synthèse, placées entre les cadres pendant plusieurs semaines ;
- des huiles essentielles, comme le thymol, qui s’évaporent dans la ruche ;
- des acides organiques : l’acide formique, et l’acide oxalique, qui s’applique par dégouttement entre les cadres ou par sublimation.
Quelques règles valent pour tous :
- respectez la notice : dose, durée, température extérieure, moment de l’année ;
- ne traitez jamais avec les hausses en place, pour que le miel récolté ne soit pas concerné ;
- alternez les familles de traitements d’une année à l’autre : le varroa est devenu résistant à certaines molécules à force d’être exposé toujours aux mêmes ;
- notez chaque traitement dans le registre d’élevage de votre rucher.
Les méthodes complémentaires
Des techniques sans médicament permettent de freiner le varroa, en complément des traitements : le retrait du couvain de mâles au printemps, l’encagement temporaire de la reine pour créer une période sans couvain, ou la division des colonies. Elles demandent du temps et de l’expérience, mais réduisent nettement la pression du parasite.
Une obligation : déclarer ses ruches
En France, toute personne qui détient des ruches, même une seule, doit les déclarer chaque année, entre le 1er septembre et le 31 décembre, sur le site du ministère de l’Agriculture. Cette déclaration permet de suivre les maladies des abeilles et d’alerter les apiculteurs d’un même secteur : un rucher mal soigné peut réinfester tous ceux du voisinage.
Vos questions sur le varroa
Le varroa est-il dangereux pour l’homme ?
Non. Le varroa est un parasite spécifique de l’abeille : il ne pique pas l’homme et ne lui transmet rien. Et lorsque les traitements sont faits hors des périodes de récolte, hausses retirées, le miel n’est pas concerné.
Peut-on se passer de traiter ?
Pas aujourd’hui. Sans traitement, la plupart des colonies meurent en deux à trois ans. Des programmes de sélection travaillent sur des abeilles capables de détecter et d’éliminer le couvain parasité, mais ces lignées ne sont pas encore une solution pour tous les ruchers.
La sublimation d’acide oxalique est-elle dangereuse ?
Pour l’apiculteur, oui, si l’on ne se protège pas : les vapeurs d’acide oxalique sont très irritantes pour les yeux et les voies respiratoires. Elle se pratique avec un masque à cartouche adapté, des lunettes et des gants, en se tenant à l’écart du nuage.
J’ai une ruche dans mon jardin, suis-je concerné ?
Oui, comme tout apiculteur. Une seule ruche non traitée peut s’effondrer en quelques saisons et réinfester les colonies voisines. Si vous débutez, n’hésitez pas à vous faire accompagner.
Besoin d’aide pour votre rucher ?
Apiculteurs à Romans-sur-Isère, nous pouvons vous accompagner : nous proposons un service de traitement contre le varroa, et nous louons un sublimateur d’acide oxalique, fourni avec son masque de protection, pour les ruchers de 10 ruches au plus. Pour la location, contactez-nous d’abord par téléphone au 06 79 74 24 19, et appelez toujours avant de passer à la boutique : nous sommes souvent au rucher ou à la miellerie.



